Il s'agira ensuite de montrer la costume à la couturière qui depuis des années confectionne leur costume pour le dimanche-gras. Ce n'est pas toujours le cas. Ainsi, pour les gilles qui ont choisi de ne pas s'intégrer à un groupe pour se travestir, bien souvent, celle qui fera le costume, c'est la femme ou la mère. Mais il sera fait avec la même attention puisqu'il doit être le plus beau !
La couturière a le sens pratique et voit déjà le tissu qu'elle devra trouver. A moins que la pratique du groupe ne soit différente, elle ira d'ailleurs faire le tour des marchands de tissus de la région pour trouver ce qui conviendra le mieux. Le jour de la réunion suivante, elle viendra avec des échantillons.
Après avoir choisi le tissu, chacun des gilles se fera prendre les mesures. Sitôt terminées les mesures, il est grand temps pour la dame au dé d'or d'aller commander le tissu car pour une telle quantité, le fournisseur n'en a pas assez dans ses réserves. Une quinzaine de jours plus tard, la marchandise est là, dans le salon de la couturière qui a profité de cette période pour faire les patrons.
Une fois le tissu vérifié, le travail de découpe et de couture va prendre tout le temps de la dame. Un mois après, c'est déjà le premier essayage. Et lorsqu'il y a plus de vingt costumes à faire, il n'est pas question de traîner. Elle en passera sûrement des nuits. Mais elle aura fini. Juste à temps certes, mais le jour dit, tout est prêt.
Les gens viennent, chacun leur tour, leurs pulls sous le bras. Ces pulls sont ceux qu'ils remettront au carnaval. Il est important que le costume soit ajusté au mieux. Il n'est pas question que le jour fatidique, celui-ci soit trop large ou trop étroit à cause d'un essayage n'ayant pas pris en compte les épaisseurs de vêtements supplémentaires.
Les retouches faites, vient le temps de s'attarder aux détails qui viendront ajouter le petit plus qui finissent si joliment le costume. Il n'est pas toujours aisé de trouver ce genre de garnitures. Des galons par exemple, entre fantaisie et classicisme, sont bien souvent malaisés à dénicher. Il y a plusieurs dizaines d'années, on n'hésitait pas à les faire venir de Lyon. Il est courant de devoir parcourir de nombreux kilomètres avant de dégoter enfin ce qui correspond exactement au modèle. Ainsi cette couturière qui a découvert un petit magasin, véritable caverne d'Ali-Baba, à... Montmartre dans Paris !
Lorsque le chapeau n'est pas trop difficile à réaliser ou lorsque la couturière a des talents de modiste, il arrive que celle-ci confectionne également le couvre-chef indispensable au costume. Mais il est fréquent que les gilles se rendent chez les modistes de la ville.
Parfois, pour s'assurer que tout va pour le mieux, pour que le groupe soit le plus beau le dimanche-gras, la couturière demande à ce qu'un dernier essayage soit fait quelques jours avant le carnaval. C'est qu'il ne faudrait pas qu'un improbable défaut soit laissé pour ce jour-là.
Que ce soit une mère, que ce soit une épouse, une amie ou une professionnelle, ces couturières ont toutes en commun l'amour des costumes et la volonté de faire de "leur" travesti le roi, coloré et extravagant ou simple et frais... celui du dimanche-gras. Il en va de leur honneur, de celui de "leur" gille et du carnaval... Le dimanche au matin, elles seront là, sur les trottoirs de Binche, à tenter de retrouver au détour d'une rue, les costumes qu'elles mirent tant de soin et de passion à confectionner... ces dames aux dés d'or !
http://www.carnavaldebinche.org/page.phtml?rub=contenu&div=6&id=28

